Chapitre n°4: Risques = Incidents
L'inconnue laisse apparaître un sourire triste, un sourire de vieille dame abandonnée, un sourire à faire faire pleurer le plus dur des gros durs.
"Moi?"
Elle sort de l'obscurité, fait trois pas vers moi. Trois pas silencieux. Elle est immense, maigre, comme une mannequin. Elle a des yeux marrons, pétillant de joie et de lumière, ce qui contraste avec son sourire fânée. La lumière de l'unique plafonnier rendait ses cheveux courts d'un auburn miroitant, magnifique.
"Moi j'suis lycéenne à Bruxelles. Je m'appelle Marianne. Comment qu'ils ont réussi à t'amener ici, les salopiauds?"me demande-t-elle.
Je réponds:
"Julie, je suis aussi lycéenne, à St-Denis. Bin je me suis fais enlevé ... par un homme qui s'appelle Pat, je..."
Je n'arrive pas à terminer ma phrase. Les évènements sont trop récents, trop douloureux. Un frisson me fait vibrer de toutes parts: je me sens perdue.
"Ah, qu'z'est lâche de s'en prendre à une jeune fille! Moi je suis là depuis cinq jours environ. Tu sais comment c'est arrivé?"
Voyant que je ne réponds pas, elle décide de me raconter son histoire.
"Je venais de rompre avec mon petit copain. On pouvait plus se supporter. Alors j'ai commencé à fréquenter des chats, pour m'amuser, au départ. Et je parlais souvent avec un homme, il m'a dit qu'il s'appelait Anthony, qu'il avait 16 ans et qu'il cherchait une fille simpa. On se confiait de plus en plus et un jour il m'a dit qu'il était amoureux de moi et qu'il voulait me rencontrer. Et moi, conne que je suis, je lui ai fait confiance."
Elle fait une pause, elle est émue, ça se voit, c'est vraiment récent.
"J'ai fais mes valises, ai fugué de chez moi, et ai pris le premier train en direction de Paris. Arrivée à la gare du Nord, je l'ai attendu devant le kiosque à journaux, le point de rendez-vous. J'ai attendu au moins 15 minutes et une voiture de luxe, à vitres fumées a déboulé devant moi. J'étais comme dans un rêve, un carosse, un prince qui a baissé la vitre et m'a dit:
"Monte poupée, je te vois enfin ma chérie."
Il était encore plus beau que sur les photos que j'avais vu sur le Web. J'ouvre la portière, m'assoit sur la banquette avant, à coté de lui. Il était vraiment magnifique, ce connard. Des yeux comme on en voit presque jamais. Un regard tendre, romantique, bleu. Un sourire, un geste de la main, ça m'a suffit pour le croire."
Elle refait une pause, ses yeux larmoient, ils brillent d'humidité.
" Il a verouillé les portières, et pour me mettre en confiance, il m'a dit qu'il voulait me faire une surprise, me faire découvrir la ville. Je ne regardais pas le décor qui filait derrière les vitres. Je ne fixais que ses yeux. Pendant quinze minutes, je n'osais dire un mot, j'étais heureuse. Après, il s'est arrêté dans un Parking, interdit au public. Je lui ai demandé ce qu'on faisait là, mais c'était déjà trop tard. Il... Il m'a foutu une claque et m'a poussé contre la vitre, je me suis cogné la tête. Il a pris un mouchoir... Et... Et il l'a plaqué contre ma bouche, j'étais terrifiée, je me débattais, et je m'endormis. Et je me suis retrouvée là, toute seule, je ne sais même pas où je suis."
Les larmes débordent de mes yeux et se réfugient aux coins de mes lèvres. C'est horrible, c'est trop triste. J'arrive à lui dire:
" Mais c'est encore plus lâche de s'en prendre à une fille qui cherche l'amour."
Elle fend en larmes, je m'approche, la prend dans mes bras. On pleure toutes les deux. Ca fait un bien fou de pleurer, tout les fardeaux du coeur s'évaporent avec les pleurs. On reste comme ça pendant au moins cinq minutes. On s'assoit dans l'ombre, on se tient la main. Je m'endors aux côtés d'une inconnue mais qui, je le sais, sera une alliée et une bonne amie sur laquelle je pourrais me reposer durant ce périple insensé, dont on ne connait ni le but, ni le rôle que l'on joue. Je sais que c'est fini, je ne retournerais certainement jamais chez moi. Je n'ai plus que le désespoir, je suis déjà morte, sauf si dans le noir, je parviens à atteindre La Porte.
à Suivre...